LES MYCOSES A MALASSEZIA SP : ASPECTS EPIDEMIOLOGIQUES, CLINIQUES ET MYCOLOGIQUES

Nzenze-Afène Solange1, Mezene Mendome Christelle1, Effame Eya Emmanuel2

1. Département de Parasitologie-Mycologie-Faculté de Médecine-Université des Sciences de la Santé-Libreville- Gabon
2. Biostatisticien- Ministère Santé Publique

RESUME
Introduction
En absence de données sur la pathologie à Malassezia au Gabon, l’objectif de ce travail était de décrire les aspects épidémiologiques, cliniques et mycologiques des mycoses à Malassezia diagnostiquées au laboratoire de Mycologie du Département de Parasitologie-Mycologie (DPM) de l’Université des Sciences de la Santé (USS) au Gabon.

Matériel et Méthodes
Il s’agissait d’une étude rétrospective, descriptive, menée sur 24 ans, de janvier 1989 à Janvier 2014 (année 2000 exclue), à partir des registres et dossiers de malades, archivés dans le DPM de l’USS. Les dossiers inclus étaient ceux de patients qui avaient soit un examen direct des prélèvements positif ou négatif avec culture positive, soit un examen direct positif de scotch test cutané ou de prélèvements de lésions de malasseziose. Les dossiers dont les données cliniques et/ou d’état civil étaient incomplètes, n’ont pas été inclus.

Résultats
Sur un total de 17442 prélèvements de mycoses cutanéo-phanériennes (MCP) diagnostiquées durant la période d’étude, la prévalence des malassezioses a été estimée à 11,5%. Les malassezioses touchaient les 2 sexes et toutes les tranches d’âge, mais cette pathologie a été significativement plus élevée dans la population féminine 67,5% et dans la tranche de 20 à 29 ans (p<0,001).
Cette étude a révélé que les patients étaient majoritairement affectés par le pityriasis capitis (PC) 66,7% suivi du pityriasis versicolor (PV) 23,5%, de la pseudo acné à Malassezia 4,9%, de la folliculite à Malassezia 3,3% et de la dermite séborrhéique (DS) 1,6% (p<0,001). La majorité des formes cliniques touchaient avec prédilection la tranche d’âge de 20 à 29 ans dans les 2 sexes (p<0,001). Concernant les formes cliniques, 94,2% des patients avaient une seule forme clinique, et 5,8% avaient des formes associées. La malasseziose était associée à d’autres mycoses cutanéo-phanériennes dans 18,4% des cas. L’association du pityriasis capitis au psoriasis du cuir chevelu était de 0,4%, celle du pityriasis versicolor au psoriasis du cuir chevelu de 0,6% et celle du pityriasis versicolor à l’eczéma de 5,1% des cas. Concernant les aspects mycologiques, l’examen direct et la culture, étaient tous deux positifs pour la majorité des prélèvements issus de toutes les formes cliniques.

Conclusion
Cette étude révèle que la pathologie à Malassezia, intéresse environ 1 patient sur 10, et affecte 2 fois plus de femmes que d’hommes. Le pityriasis capitis est la forme clinique prévalente dans les deux sexes, mais significativement plus fréquente chez la femme. Le pityriasis versicolor est quant à lui prédominant chez l’homme. L’association à une autre mycose cutanéo-phanérienne est présente chez près de 2 patients sur 10. Par ailleurs l’association au psoriasis du cuir chevelu de même qu’à l’eczéma, est mise en évidence. L’examen direct et la culture confirment la malasseziose dans la majorité des prélèvements. L’acquisition de techniques pour l’identification des espèces, permettra de préciser leur écologie et leur pouvoir pathogène respectifs.

Mots clés : Malasseziose, mycose, pityriasis capitis, versicolor, folliculite, acné.

ABSTRACT
Introduction: In the absence of data on pathology involving Malassezia in Gabon, the aim of this work was to describe the epidemiological, clinical and mycological aspects of Malassezia mycoses diagnosed in the Mycology Laboratory of the Department of Parasitology-Mycology (DPM) University of Health Sciences (USS) in Gabon.

Material and Methods: This was a retrospective, descriptive, 24-year study from January 1989 to January 2014 (excluding the year 2000), based on patient records and records, archived in the USS DMP. Included were records from patients who had either a direct examination of positive or negative specimens with positive culture, or a positive direct examination of cutaneous skin sampling or malassezia lesion sampling. Records with incomplete clinical and / or vital records were not included.

Results: Out of a total of 17442 specimens of cutaneous-phaneric mycoses (CPM) diagnosed during the study period, the prevalence of malassezioses was estimated at 11.5%. Malassezioses affected both sexes and all age groups, but this pathology was significantly higher in the female population 67.5% and in the 20-29 age group (p<0.001). This study revealed that patients were mostly affected by pityriasis capitis (PC) 66.7% followed by pityriasis versicolor (PV) 23.5%, pseudo acne at Malassezia 4.9%, folliculitis at Malassezia 3.3% and seborrheic dermatitis (DS) 1.6% (p <0.001). Regarding clinical forms, 94.2% of patients had a single clinical form, and 5.8% had associated forms. Malasseziosis was associated with other cutaneous-phaneric mycoses in 18.4% of cases. The combination of pityriasis capitis with psoriasis of the scalp was 0.4%, that of pityriasis versicolor with psoriasis of the scalp of 0.6% and that of pityriasis versicolor with eczema of 5.1% of the cases. Concerning the mycological aspects, direct examination and culture, both were positive for the majority of the samples taken from all clinical forms.

Conclusion: This study revealed that the Malassezia pathology affects about 1 out of 10 patients and affects twice as many women as men. Pityriasis capitis is the prevalent clinical form in both sexes, but significantly more frequent in women. Pityriasis versicolor is predominant in humans. The association with another cutaneo-Phaneric mycosis is present in nearly 2 patients out of 10. Moreover, the association with the psoriasis of the scalp as well as the eczema, is highlighted. Direct examination and culture confirm malasseziosis in the majority of samples. The acquisition of techniques for the identification of species, will make it possible to specify their ecology and their respective pathogenicity.

Keywords: Malasseziosis, mycosis, pityriasis capitis, versicolor, folliculitis, acne.

INTRODUCTION
Les levures du genre Malassezia, commensales de la peau de l’Homme sont retrouvées dans la couche superficielle du stratum corneum, pratiquement sur tout le corps sauf au niveau des paumes et plantes des pieds. Elles peuvent chez des sujets ayant une prédisposition génétique, devenir pathogènes et occasionner des affections, voire en exacerber d’autres [1-3]. La forme clinique la plus décrite dans la littérature est le pityriasis versicolor, qui se manifeste par des macules hypopigmentées ou hyperpigmentées voire achromiques, isolées ou coalescentes, siégeant avec prédilection au niveau du tronc des membres supérieurs, du visage et du cou. Le rôle de facteurs favorisant le développement pathogène de ces levures est fondamental. L’humidité, la chaleur, les hormones, les modifications de l’immunité cellulaire sont parmi les plus fréquents [4]. Toutes les espèces du genre Malassezia sont des levures lipophiles et en majorité lipodépendantes. Au cours de ces dernières décennies, un intérêt accru a été porté sur leur aspects métaboliques, physiopathologiques [5-11], mais aussi sur le développement des milieux d’isolement, d’identification et les outils de diagnostic moléculaire [12-16]. La pathologie à Malassezia n’étant pas un motif de consultation rare au Département de Parasitologie-Mycologie
(DPMMT) de l’Université des Sciences de la Santé (USS), l’objectif de ce travail était, en absence de données épidémiologiques et cliniques, d’évaluer d’une part la prévalence des malassezioses diagnostiquées au laboratoire de mycologie, et d’autre part d’en déterminer les aspects épidémiologiques, cliniques et mycologiques.

MATERIEL ET METHODES
Il s’agissait d’une étude rétrospective, descriptive, sur dossiers colligés de janvier 1989 à janvier 2014, à l’Unité de Mycologie du Département de Parasitologie-Mycologie de l’Université des Sciences de la Santé à Owendo. Ce travail a porté sur des dossiers de patients vus en consultation dans ledit département.
Les dossiers inclus dans l’étude étaient ceux des patients qui avaient soit un examen direct, des prélèvements de lésions de malasseziose, positif ou négatif avec culture positive à Malassezia sp, soit un examen direct des prélèvements de lésions de malasseziose positif ou scotch test cutané positif.
Les dossiers non inclus étaient tous ceux dont les prélèvements des lésions ou scotch test cutané étaient négatifs à l’examen direct avec culture négative, ainsi que tous ceux dont les données d’état civil et clinique étaient incomplètes.
La méthodologie de l’étude a consisté à sélectionner, à partir des registres de laboratoire, tous les prélèvements de lésions de malassezioses dans lesquels les levures du genre Malassezia avaient été mises en évidence. Les données cliniques de chaque patient ont par la suite été recueillies des dossiers, puis ont été reportées avec les résultats du diagnostic mycologique sur une fiche standardisée, et ensuite saisies sur support informatique. Sur la fiche standardisée était notés les renseignements suivants : le numéro du dossier du patient; l’année de réalisation des prélèvements; le numéro d’enregistrement des prélèvements ; l’état civil du patient : nom, prénom, âge, sexe; la localisation des malassezioses; les formes clinques : pityriasis
versicolor, pityriasis capitis, pseudo acné à Malassezia, dermite séborrhéique, folliculite à Malassezia; les résultats de l’examen mycologique : examen direct et culture; les principales mycoses cutanéophanériennes associées : dermatophytoses, candidoses et pseudodermatophytoses, les autres affections associées.

Les données recueillies ont été saisies et analysées avec le logiciel Epi Info 2000. Le test CHI-2 a été utilisé pour la comparaison des fréquences. Le corrigé de Yates a été utilisé pour les effectifs inférieurs à 5 et le test exact de Fisher lorsqu’ils étaient inférieurs à 3. Le résultat était statistiquement considéré significatif pour une valeur de p<0,05.

RESULTATS

– Prévalence des malassezioses

A l’issue de cette étude rétrospective descriptive, on notait que sur 17442 prélèvements de mycoses cutanéo-phanériennes, 2009 étaient des affections à Malassezia soit une prévalence de 11,5%.

– Répartition des malassezioses selon l’âge et le sexe

  •  Répartition selon l’âge (Tableau I)

Les malassezioses touchaient toutes les tranches d’âge. L’âge moyen des patients était de 27,8 ans ± 15,4 ans, avec un minimum de 1 an et un maximum de 84 ans. L’âge médian était de 27 ans.
La pathologie à Malassezia était significativement plus élevée dans la tranche de 20 à 29 ans (p<0,001).

 

Tableau I. Répartition des malassezioses en fonction des tranches d’âge dans la population d’étude

Tranches d’âge (ans)EffectifsPourcentages (%)
< 10 27814,7
10-19 25213,3
20-29 51127,1
30-39 46124,4
40-49 21811,5
≥50 1698,9
Total 1889100,0
  • Répartition selon le sexe

La population d’étude était constituée de 1889 patients atteints de malassezioses. Les femmes ont constitué 67,5% (1275/1889) des patients et les hommes 32,5% (p < 0,001) ; soit un sex ratio H /F de 0,48.

– Formes cliniques et fréquence respective (Figure 1).
Les différentes formes cliniques observées pendant les 24 années d’étude étaient: le pityriasis versicolor (figure 2), le pityriasis capitis (figure 3), la dermite séborrhéique (figure 4), la folliculite à Malassezia (figure 5) et la pseudo acné à Malassezia. La prévalence de chacune de ces formes a été la suivante: le pityriasis capitis 66,7% (1339/2009); suivi du pityriasis versicolor 23,5% (472/2009) ; de la pseudo acné à Malassezia 4,9% (98/2009) ; de la folliculite à Malassezia 3,3% (67/2009) et de la dermite séborrhéique 1,6% (33/2009) (p<0,001).

 

Figure 1 : Répartition des différentes formes cliniques de malassezioses

 

 

– Répartition des formes cliniques de malassezioses dans la population féminine selon les tranches d’âge (Tableau II)
Les différentes formes cliniques, à l’exception de la dermite séborrhéique prédominaient dans la tranche d’âge de 20 à 29 ans, avec toutefois des fréquences variables : pityriasis capitis 27% (259/955) ; pityriasis versicolor 28,2% (75/266) pseudo acné à Malassezia 37,8% (25/66) ; folliculite à Malassezia 50% (23/46). La dermite séborrhéique était, quant à elle, prépondérante dans la tranche de 30 à 39 ans. (p<0,001).

 

Tableau II : Prévalence de chaque forme clinique de malassezioses dans la population féminine, selon les tranches d’âge.

Tranches
d’age (ans)
Pityriasis
capitis
N (%)
Pityriasis
versicolor
N (%)
Pseudo acné
à Malassezia
n (%)
Folliculite à
Malassezia
N (%)
Dermite
Séborrhéique
N (%)
< 10133 (14,0)23 (8,6)4 (6,1)4 (8,5)0 (0)
10-19109 (11,4)49 (18,4)16 (24,2)7 (15,2)1 (5,9)
20-29259 (27,1)75 (28,2)25 (37,8)23 (50,0)6 (35,3)
30-39256 (26,8)51 (19,2)11 (16,7)9 (19,6)8 (47,1)
40-49117 (12,3)30 (11,3)9 (13,7)1 (2,2)1 (5,9)
≥5081 (8,5)38 (14,3)1 (1,5)2 (4,3) 1 (5,9)
Total955 (100)266 (100)66 (100)46 (100)17 (100)
Prévalence
globale
70,719,74,93,41,3
  • Répartition des formes cliniques de malassezioses dans la population masculine selon les tranches d’âge (Tableau III).

Chez les patients âgés de 20 à 29 ans ont été retrouvés les prévalences les plus élevées pour le pityriasis versicolor 27,7% (57/206), le pityriasis capitis 21,3% (82/384) et la pseudo acné à Malassezia 50% (16/32). Chez les 30-39 ans ont prédominé : la folliculite à Malassezia 33,4% (7/21) et la dermite séborrhéique 31,2% (5/16). Chez les enfants de moins de 10 ans la forme pityriasis capitis était la plus fréquente 24,8% (95/384) (p<0,001).

 

Tableau III : Prévalence de chaque forme clinique des malassezioses dans la population masculine, selon les tranches d’âge.

Tranches
d’age (ans)
Pityriasis
capitis
N (%)
Pityriasis
versicolor
N (%)
Pseudo acné
à Malassezia
n (%)
Folliculite à
Malassezia
N (%)
Dermite
Séborrhéique
N (%)
< 1095 (24,8)25 (12,1)3 (9,3)3 (14,3 )2 (12,5)
10-1958 (15,1)28 (13,6)4 (12,5)2 (9,5)1 (6,3)
20-2982 (21,3)57 (27,7)16 (50,0)4 (19,0)4 (25,0)
30-3980 (20,8)52 (25,4)5 (15,6)7 (33,4)5 (31,2)
40-4940 (10,4)22 (10,7)2 (6,3)4 (19,0)4 (25,0)
≥5029 (7,5)22 (10,7)2 (6,3)1 (4,8)0 (0,0)
Total384 (100)206 (100)32 (100)21 (100)16 (100)
Prévalence
globale
58,331,34,83,22,4

– Association des différentes formes cliniques de malassezioses (Tableau IV)
Dans notre étude nous avons obtenu au total 2009 prélèvements de lésions de malassezioses, provenant de 1889 patients. Parmi ces patients 94,2% (1780/1889) avaient une seule forme clinique, et 5,8% (109/1889) présentaient des associations de formes cliniques.

 

Tableau IV : Prévalence des formes associées de malassezioses.

Types d’associationEffectif
(n)
Pourcentage (%)
Deux formes cliniques
- Pityriasis capitis/Pityriasis versicolor
- Pityriasis capitis/Folliculite à Malassezia
- Pityriasis capitis/Pseudo acné à Malassezia
- Pityriasis capitis/Dermite séborrhéique
- Pityriasis versicolor/Pseudo acné à Malassezia
- Pityriasis versicolor/Folliculite à Malassezia
Total
43
21
17
11
4
2
98
43,9
21,4
17,4
11,2
4,1
2,0
100
Trois formes cliniques
- Pityriasis capitis/Pityriasis versicolor/Pseudo acné à Malassezia
- Pityriasis capitis/Pityriasis versicolor/Folliculite à Malassezia
- Pityriasis capitis/Dermite séborrhéique/Pityriasis versicolor
- Pityriasis capitis/Pseudo acné à Malassezia/Folliculite à Malassezia
Total
4
3
2
2
11
36,3
27,3
18,2
18,2
100
Aucune association178094,2

Nombre total de patients avec des formes cliniques associées : 109 soit 5,8% (109/1889)
Prévalence de l’association de 2 formes cliniques : 89,9% (98/109)
Prévalence de l’association de 3 formes cliniques : 10,1%(11/109)

 

Les patients ayant deux formes cliniques associées étaient au nombre de 98 soit 89,9% (98/109), ceux avec trois formes cliniques associées représentaient 10,1% (11/109). Parmi les patients porteurs de deux formes cliniques, l’association pityriasis capitis et pityriasis versicolor était prépondérante 43,9% (43/98) (p< 0,001).

– Association malassezioses et autres mycosescutanéo-phanériennes (Tableau V)

Cette étude a permis de constater que certains patients étaient porteurs de lésions de malassezioses associées aux trois mycoses cutanéo-phanériennes recherchées. En effet sur 1889 patients 347 (18,4%) avaient une pathologie à Malassezia associée soit à une candidose ; à une dermatophytose ou à une pseudo-dermatophytose. Parmi ces 347 patients, 234 (67,4%) présentaient un pityriasis capitis ; 84 (24 ,2%) un pityriasis versicolor ; 13 (5,2%), une pseudo acné à Malassezia ; 7 (2,1%) une folliculite à Malassezia ; 9 (2,6%) une dermite séborrhéique.

 

Tableau V : Association des formes cliniques des malassezioses aux mycoses cutanéo-phanériennes

Formes cliniquesCandidose
n (%)
Dermatophytose
n (%)
Pseudo-dermatophytose
n (%)
Total
n= 100%
Pityriasis capitis102 (43,6)121 (51,7)11 (4,7)234
Pityriasis versicolor43 (51,2)27 (32,1)14 (16,7)84
Pseudo acné à Malassezia8 (61,5)3 (23,1)2 (15,4) 13
Folliculite à Malassezia4 (57,1)3 (42,9)0 (0,0)7
Dermite séborrhéique5 (55,5)4 (44,5)0 (0,0)9
Total16215827347

La prévalence de l’association de ces différentes formes cliniques aux 3 mycoses cutanéophanériennes que sont la Candidose, la Dermatophytose, la Pseudo-dermatophytose a également été rapportée.

– Association des malassezioses à d’autresaffections
Nous avons relevé dans notre étude que le pityriasis capitis était associé au psoriasis du cuir chevelu chez 5 patients soit dans 0,4% (5/1339) des cas. Par ailleurs le pityriasis versicolor était quant à lui associé au psoriasis du cuir chevelu chez 3 patients soit 0,6% (3/472) des cas.
Cette enquête a également mis en évidence l’association du pityriasis versicolor à l’eczéma dans 5,1% (24/472) des cas.

– Aspects mycologiques (Tableau VI)
Pour tous les prélèvements les données de l’examen direct et de la culture ont été recueillies. Pour toutes les formes cliniques, l’examen direct et la culture étaient tous deux positifs dans la majorité des prélèvements.

 

Tableau VI : Résultats mycologiques des prélèvements de malassezioses

Formes cliniquesExamen direct et
culture positifs
N (%)
Culture positive
Examen direct
Négatif N (%)
Examen direct
et culture négatifs
N (%)
Total
N (%)
Pityriasis capitis998 (74,5)190 (14,2) 151 (11,3) 1339 (100)
Pityriasis versicolor356 (75,4)60 (12,7)56 (11,9) 472 (100)
Pseudo acné à
Malassezia
63 (64,3)15 (15,3)20 (20,4) 98 (100)
Folliculite à Malassezia50 (74 ,6)11 (16,4) 6 (8 ,9) 67 (100)
Dermite séborrhéique18 (54,5)6 (18,2)9 (27,3) 33 (100)

DISCUSSION
Cette étude rétrospective, descriptive, réalisée au DPMMT sur une période de 24 ans et portant sur 2009 prélèvements issus de 1889 patients atteints de lésions cliniques évocatrices de malassezioses, a permis d’estimer la fréquence des malassezioses à 11,5%. Dans une récente étude, menée au Burkina Faso la prévalence des mycoses à Malassezia était similaire à la nôtre soit 11,79% [17]. Par ailleurs Zeinali et al ont également estimé à 10-15 % la fréquence de la pathologie superficielle à Malassezia dans une étude menée à Téhéran en Iran [18].
Les malassezioses ont été observées dans toutes les tranches d’âge, mais leur fréquence respective au sein de ces tranches d’âge était variable. Notre étude a montré que les patients les plus concernés par les malassezioses se trouvaient dans les tranches d’âge de 20 – 29 ans et 30-39 ans (Tableau I). En effet les études rapportées par différents auteurs montrent que l’adulte jeune est le plus affecté par les malassezioses. Cependant l’intervalle de ces tranches d’âge chez l’adulte jeune varie en fonction des formes cliniques et des zones géographiques [19-22].
Concernant le pityriasis capitis et le pityriasis versicolor les sujets de 20 à 39 ans étaient les plus concernés dans notre étude (Tableau II et III), dans la littérature l’âge rapporté est de 15 à 45 ans. En effet dans l’enquête de Rodoplu et al., pour qui la tranche 18-34 ans était prédominante, les auteurs ont confirmé l’existence de cette variation des tranches d’âge de prédilection, à travers une revue de la littérature montrant, pour l’Inde en 2002 : 21-30 ans ; Tunisie 2004: 15-30ans ; Iran 2004 : 20-30 ans ; Bosnie 2006 : 16-30ans ; Indonésie 2008 : 25-44 ans ; Turquie 2009 : 20-30 ans ; Argentine 2012 : 25-45 ans [20].
Si l’on observe la fréquence de survenue des malassezioses en fonction du sexe, on note que la pathologie à Malassezia chez les patients vus en consultation de mycologie a concerné beaucoup plus de femmes que d’hommes (p<0,001). Dans la littérature le sexe prédominant est féminin ou masculin et ce en fonction des formes cliniques et des zones d’études [19-25].
Les cinq formes cliniques de malassezioses observées au cours de ce travail étaient par ordre de fréquence: le pityriasis capitis, le pityriasis versicolor, la pseudo acné à Malassezia, la folliculite à Malassezia et la
dermite séborrhéique.
Cette étude a ainsi révélé le pityriasis capitis comme forme clinique prédominante chez les patients vus en consultation (figure 2), alors que dans la majorité des études rapportées sur les malassezioses le pityriasis
versicolor est la forme clinique la plus répandue [2,3,19,20,24, 26,27]. Si la forme pityriasis capitis est majoritaire dans les deux sexes, on note toutefois que sa prévalence est significativement plus importante chez les femmes par rapport aux hommes (Tableaux II et III). Ces résultats corroborent l’assertion de Rispail et al. selon laquelle le pityriasis capitis serait retrouvé chez 50% de la population générale post pubertaire et d’âge moyen [25]. Les résultats de cette étude suggèrent également que la prévalence du pityriasis versicolor est significativement plus importante dans la population masculine (Tableaux II et III). Evaluée à 31,3%, elle n’est pas très éloignée de celle de 37,31%, rapportée par Zida et al [17].
Cette observation est confortée par les divers travaux sur le pityriasis versicolor qui montrent que les patients atteints sont plus souvent des hommes que des femmes. Ceci apparait nettement dans la revue de la littérature faite par Rodoplu et al [20]. En effet à partir de 16 sites géographiques différents, les auteurs ont rapporté une prédominance masculine 9 fois sur 16.
Parmi les facteurs favorisant le pityriasis capitis, Rispail et al [25] , Rudramurthy et al [28] ont incriminé la précarité socio-économique ; l’immunodépression ; le stress probablement du fait de son influence sur le système hormonal corticosurrénalien ; la fatigue ; la peau grasse ; les écarts diététiques ; la surconsommation d’alcool, de caféine, d’épices, d’excitants ; la fréquence trop importante du coiffage, l’utilisation de cosmétiques divers inadéquats , de shampoings et traitements intempestifs prétendument anti-pelliculaires et irritants pour un cuir chevelu prédisposé. En effet, nombre de ces facteurs peuvent être comptés parmi les causes et circonstances favorisant la prévalence du pityriasis capitis chez les patients de notre étude. En ce qui concerne le pityriasis versicolor des circonstances favorisantes similaires ou non à celle recensées pour le pityriasis capitis, de nature diverse sont incriminées dans les deux sexes. Il s’agit de facteurs physiologiques : peaux grasses ou séborrhéiques, hyperhydrose, transpiration, malnutrition ; des facteurs climatiques : chaleur,
humidité, port de vêtements occlusifs de nature synthétique ; des facteurs iatrogènes : corticothérapie, contraceptifs oraux, immuno-dépresseurs, cosmétiques gras, huiles corporelles, crèmes hydratantes ; des facteurs individuels : hypercorticisme, grossesse, déficit de l’immunité cellulaire [4].
La pseudo acné à Malassezia est une forme clinique rarement rapportée dans la littérature. La présence des levures du genre Malassezia à la fois dans les comédons et les follicules pileux des patients atteints d’acné constitue une preuve du rôle pathogène des levures du genre Malassezia dans cette forme clinique [29].
La folliculite à Malassezia, bien qu’étant plus souvent évoquée dans la littérature que la pseudo acné à Malassezia [4,12,18,19,24,26,30,31,32] est une pathologie encore méconnue de beaucoup de praticiens comme en témoignent le retard diagnostic et les traitements prescrits en première intention.
Dans notre enquête sa prévalence était quasi similaire chez les femmes et chez les hommes respectivement 3,4% et 3,2%.
En ce qui concerne la dermite séborrhéique, l’altération de la perméabilité de la barrière cutanée aggravée par la production locale irritante de l’acide oléique par les lipases des espèces du genre Malassezia sont considérées comme responsables du développement de cette pathologie [26]. La disparition des lésions sous antifongiques conforte le
rôle pathogène des levures du genre Malassezia [30].
Aux USA la prévalence de la dermite séborrhéique a été estimée à 11,6% dans la population et l’âge moyen à 48 ans ± 18 ans [23]. Dans notre étude la prévalence de la dermite séborrhéique n’était que de 1,6% dans la population. Chez les femmes cette prévalence était de 1,3%, un peu plus élevée chez les hommes 2,4%. La tranche d’âge 30-39 ans a été la
plus affectée dans cette enquête. Toutefois Saghazadeh et al [22] et Sosa et al ont plus fréquemment rapporté cette affection dans la tranche
21-30 ans [21,22].
L’association des différentes formes cliniques des malassezioses a été retrouvée chez 109 sujets soit dans 5,8% des cas. Parmi eux 89,9% présentaient une association de deux formes cliniques, dont la plus fréquente était l’association pityriasis capitis /pityriasis versicolor, la prévalence des associations triple n’était que de 10,1% (Tableau IV). Les formes cliniques associées des malassezioses sont rarement rapportées dans la littérature. Certaines dont pityriasis versicolor et folliculite à Malassezia (6%), dermite séborrhéique et folliculite à Malassezia (40%) ont été relevées par Rubenstein et al [20]. L’existence des formes associées observée dans notre série pourrait faire évoquer une prédisposition génétique certaine, associée à d’autres facteurs favorisants.
L’association de mycoses cutanéo-phanériennes n’est pas un fait rare chez les patients en zone tropicale, les malassezioses étaient associées à d’autres MCP dans 18,4% des cas (Tableau V). Même si elle n’est pas systématiquement décrite au cours des études sur les mycoses superficielles, la présence de mycoses superficielles associées chez un patient est observée en Afrique noire comme le montre l’enquête réalisée
au Burkina Faso par Zida et al [17].
Concernant l’association à d’autres affections, celle relevée avec le psoriasis était relativement faible dans notre étude. En effet dans la littérature l’implication des levures du genre Malassezia dans le psoriasis du cuir chevelu a suscité et continue de susciter un intérêt particulier [3,12,33,34]. Il semblerait que les levures du genre Malassezia jouent un rôle dans l’exacerbation du psoriasis du cuir chevelu. Par ailleurs on rapporte de plus en plus dans la littérature l’interaction des malassezioses avec d’autres dermatoses dont l’eczéma [2,35] qui était associé au pityriasis versicolor dans 5,1% des cas.
Au cours de l’examen mycologique des affections à Malassezia l’examen direct et la culture étaient tous deux positifs dans plus de 75% des prélèvements de pityriasis versicolor et de pityriasis capitis (Tableau VI). L’examen direct des prélèvements demeure une étape incontournable au laboratoire et son résultat doit rester pour le clinicien l’argument fondamental du diagnostic positif (présence et densité du champignon) [25]. La présence de courts filaments associés à des levures a permis de confirmer la pathogénicité de l’affection [24]. En effet dans notre étude l’examen direct des prélèvements a été positif à plus de 80% des cas pour la majorité des formes cliniques, contribuant ainsi au diagnostic comme rapporté dans la littérature [18,24,30,31]. Pour les prélèvements dont l’examen direct était négatif, la présence en culture d’éléments fongiques abondants voire pathognomoniques associés à un aspect clinique évocateur a permis de poser le diagnostic de malasseziose.

Conclusion
Les mycoses à Malassezia représentent 11,5% des affections fongiques cutanées et phanériennes diagnostiquées au laboratoire de Mycologie du DPMMT. Elles affectent plus souvent les patients de 20 à 29 ans. Le pityriasis capitis en est la forme clinique principale, qui s’avère par ailleurs être prédominante chez la femme. L’examen direct et la culture des prélèvements permettent dans plus de 80% des cas de poser le diagnostic d’affection à Malassezia sp, confirmant ainsi le rôle de ces levures dans les lésions cliniques observées. Toufefois aujourd’hui les outils permettant d’identifier les espèces sont indispensables à acquérir, pour préciser l’écologie et la pathogénicité des espèces en cause.

REFERENCES

1-Negroni R. Historical aspects of dermatomycoses. Clin Dermatol 2010;28:125-32.
2-Pakran J, Riyaz N. Interesting effect of Malassezia spp. infection on dermatoses of other origins. Int J Dermatol 2011;50:1518-21.
3-Pedrosa AF, Lisboa C, Rodrigues AG. Malassezia infections: A medical conundrum. J Am Acad Dermatol 2014;71:170–6.
4-Ripert C, Bastide JM. Les malassezioses. In : Christian Ripert eds. Mycologie Médicale. Paris : Lavoisier 2013;282-93.
5-DeLuca C, Picardo M, Breathnach A et al. Lipoperoxidase activity of Pityrosporum : characterisation of by-products and possible role in pityriasis versicolor. Exp Dermatol 1996;5:49-56.
6-Irlinger B, Kramer HJ, Mayser P, et al. Pityriarubins, biologically active bis(indolyl) spirans from cultures of the lipophilic yeast Malassezia furfur. Angew Chem Int Ed Engl 2004; 43:1098-100.
7-Mayser P, Schafer U, Kramer HJ, et al. Pityriacitrin : an ultraviolet-absorbing indole alkaloid from the yeast Malassezia furfur. Arch Dermatol Res 2002;294:131-4.
8-Mayser P, Haze P, Papavassilis C, et al. Differentiation of Malassezia species: Selectivity of cremophor EL, castor oil and ricinoleic acid for M. furfur. Br J Dermatol 1997;137:208-13.
9-Mayser P, Stapelkamp H, Kramer HJ, et al. Pityrialactone: a new fluorochrome from the tryptophan metabolism of Malassezia furfur. Antonie Van Leeuwenhoek 2003;84:185-91.
10-Riciputo RM, Oliveri S, Micali G, et al. Phosholipase activity in Malassezia furfur pathogenic strains. Mycoses 1996;39:233-5.
11-Wille G, Mayser P, Thoma W et al. Malassezin, a novel agonist of the arylhydrocarbon receptor from the yeast Malassezia furfur. Bioorg Med chem 2001;9:955-60.
12-Ben Salah I, Makni F, Cheikhrouhou F, et al. Les levures du genre Malassezia : pathologie, milieux d’isolement et d’identification. J Mycol Med 2010;20:53-60.
13-Cafarchia C, Gasser RB, Figueredo LA, et al. Advances in the identification of Malassezia. Mol Cell Probes 2011;25:1-7.
14-Guillot J, Guého E, Lesourd M, et al. Identification of Malassezia species: a pratical approach. J Med Mycol 1996;6:103-10.
15-Kaneko T, Makimura K, Abe M, et al. Revised culture-based system for identification of Malassezia species. J Clin Microbiol 2007;45:3737-42.
16-Kaneko T, Makimura K, Onozaki M, et al.Vital growth factors of Malassezia species on modified chromagar Candida. Med Mycol 2005; 43:699-704.
17-Zida A, Barro-Traoré F, Dera M, et al. Aspects épidémiologiques et étiologiques des mycoses cutanéo-phanériennes chez les détenus de la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (Burkina Faso). J Mycol Med 2015;25:e73-9.
18-Zeinali E, Sadeghi G, Yazdinia F, et al. Clinical and epidemiological features of the genus Malassezia in Iran. Irannian J Microbiol 2014;6:354-60.
19-Kaur M, Narang T, Bala M, et al. Study of the distribution of Malassezia species in patients with pityriasis versicolor and healthy individuals in Tertiary Care Hospital, Punjab. Indian J Med Microbiol 2013;31:270-4.
20-Rodoplu G, Saracli MA, Gumral R, et al. Distribution of Malassezia species in patients with pityriasis versicolor in Turkey. J Med Mycol 2014;24:117-23.
21-Saghazadeh M, Farshi S, Hashemi J, et al. Identification of Malassezia species isolated from patients with seborrheic dermatitis, atopic dermatitis, and normal subjects. J Med Mycol 2010; 20:279-82.
22-Sosa M, Rojas F, Mangiaterra M, et al. Prevalence of Malassezia species associated with seborrheic dermatitis lesions in patients in Argentina. Rev Iberoam Micol 2013; 30:239-42.
23-Barac A, Pekmezovic M, Milobratovic D et al. Presence, species distribution, and density of Malassezia yeast in patients with seborrhoeic dermatitis – a Community-based case-control study
and review of literature. Mycoses 2015; 58: 69-75.
24-Gupta AK, Kohli Y, Faergemann J, et al. Epidemiology of Malassezia yeasts associated with pityriasis versicolor in Ontario, Canada. Med Mycol 2001; 39:199-206.
25-Rispail P, Bourgeois N, Sasso M et al. Pityriasis capitis et dermatite séborrhéique du cuir chevelu : rôle du laboratoire dans l’évaluation d’une implication fongique. Elsevier Masson 2013; 41-7.
26-Gaitanis G, Velegraki A, Mayser P, et al. Skin diseases associated with Malassezia yeasts: Facts and controversies. Clin Dermatol 2013;31:455-63.
27-Giusiano G, Sosa Mde, Rojas F, et al. Prevalence of Malassezia species in pitiriasis versicolor lesions in northeast Argentina. Rev Iberoam Micol 2010;27:71-4.
28-Rudramurthy SM, Honnavar P, Dogra S, et al. Association of Malassezia species with dandruff. Indian J Med Res 2014;139:431-7.
29-Song YC, Hahn HJ, Kim JY, et al. Epidemiologic study of Malassezia yeasts in acne patients by analysis of 26S rDNA PCR-RFLP. Ann Dermatol 2011; 23:321-7.
30-Ingham E, Cunningham AC. Malassezia furfur. J Med Veter Mycol 1993;31: 265-8.
31-Lévy A, Feuilhade de Chauvin M, Dubertret L, et al. Folliculites à Malassezia caractéristiques et réponses thérapeutiques chez 26 malades. Ann Dermatol Venereol 2007;134:823-8.
32-Rubenstein RM, Malerich SA. Malassezia (Pityrosporum) folliculitis. J Clin Aesthet Dermatol 2014;7:37-41.
33-Gomez-Moyano E, Crespo-Erchiga V, Martinez-Pilar L, et al. Do Malassezia species play a role in exacerbation of scalp psoriasis? J Mycol Med 2014;24:87-92.
34-Rudramurthy SM, Honnavar P, Chakrabarti A, et al. Association of Malassezia species with psoriatic lesions. Mycoses 2014;57:483-8.
35-Velegraki A, Carfachia C, Gaintanis G et al. Malassezia infections in humans and animals:pathophysiology, detection, and treatment. PloS Pathog 2015; 11:e1004523.